Montmartre se découvre mieux à pied qu’à travers la vitre d’un bus touristique. Le quartier se mérite : il faut accepter quelques escaliers, lever les yeux vers les façades et se perdre juste assez pour tomber sur une petite rue pavée, un atelier discret ou une vue imprenable sur les toits de Paris. Perché sur sa butte, au nord de la capitale, Montmartre conserve une atmosphère à part, faite de vignes, de cafés, de peintres, de légendes et de réverbères qui semblent attendre la tombée du jour.
Voici un itinéraire à pied d’environ quatre heures, modulable selon vos envies. Il permet de découvrir les grands classiques sans oublier les recoins plus tranquilles du quartier. Prévoyez de bonnes chaussures : Montmartre n’est pas plat, mais c’est précisément ce relief qui lui donne son charme.
Avant de commencer : quelques conseils pratiques
Le parcours débute idéalement à la station de métro Anvers, desservie par la ligne 2. Vous pouvez aussi partir de Barbès-Rochechouart, notamment si vous arrivez depuis la gare du Nord. Dans les deux cas, la basilique du Sacré-Cœur sert de repère visuel : difficile de la manquer, blanche et majestueuse au sommet de la colline.
- Durée : comptez entre trois et cinq heures, selon les pauses et les visites.
- Distance : environ 4 à 5 kilomètres, avec plusieurs escaliers.
- Chaussures : privilégiez des semelles confortables, les pavés ne pardonnent pas les chaussures trop élégantes.
- Meilleur moment : le matin pour profiter d’une ambiance plus calme, ou en fin d’après-midi pour admirer Paris au coucher du soleil.
- Météo : après la pluie, les pavés peuvent être glissants. Un parapluie compact est souvent plus utile qu’un grand chapeau romantique, même si ce dernier fera davantage son effet sur les photos.
Le quartier est très fréquenté autour du Sacré-Cœur et de la place du Tertre. Pour une promenade plus agréable, arrivez tôt ou choisissez un jour de semaine. Montmartre reste vivant toute l’année, mais l’expérience change complètement entre une matinée paisible et un après-midi d’été animé par les groupes de visiteurs.
De la place des Abbesses au mur des « je t’aime »
Commencez par la place des Abbesses, accessible par la station de métro du même nom. Son édicule Art nouveau, dessiné par Hector Guimard, mérite déjà un regard attentif. Avec ses formes végétales et ses teintes vertes, il rappelle que le métro parisien peut lui aussi avoir des airs de petit monument.
La place est bordée de cafés et de terrasses. Elle constitue un bon point de départ pour prendre un café avant l’ascension. À quelques pas se trouve l’église Saint-Jean-de-Montmartre, reconnaissable à sa façade en briques rouges et à ses éléments en béton armé. Construite au début du XXe siècle, elle tranche avec les églises parisiennes plus anciennes. Son architecture étonne par ce mélange de lignes modernes et de détails inspirés de l’Art nouveau.
Dirigez-vous ensuite vers le square Jehan-Rictus. Vous y trouverez l’une des curiosités les plus poétiques de Montmartre : le mur des je t’aime. Sur cette œuvre composée de carreaux bleus, l’expression « je t’aime » apparaît dans plus de 250 langues. Les amoureux s’y photographient, les linguistes s’y interrogent et les visiteurs tentent parfois de repérer leur langue maternelle. Une halte courte, mais pleine de charme.
Depuis le square, prenez la rue des Abbesses puis la rue Ravignan. Cette dernière mène vers la célèbre place Émile-Goudeau, où se trouvait le Bateau-Lavoir. Au début du XXe siècle, ce bâtiment accueillait de nombreux artistes dans des conditions très éloignées du confort contemporain. Pablo Picasso y a notamment vécu et travaillé. Le lieu fut un véritable laboratoire artistique, même si le terme « atelier lumineux » aurait probablement fait sourire ses occupants.
La rue Lepic et les traces d’un Montmartre populaire
Poursuivez vers la rue Lepic, l’une des artères les plus vivantes de la butte. Elle descend et remonte en pente douce entre commerces, boulangeries et façades anciennes. Vous passerez devant le café Le Consulat, reconnaissable à sa façade rouge et à ses chaises installées au bord du trottoir. Le lieu est très photographié, mais il rappelle aussi une époque où Montmartre attirait écrivains, peintres et chansonniers.
Un peu plus loin, au numéro 54, se trouve le Moulin de la Galette. Deux anciens moulins subsistent dans le quartier : le Moulin de la Galette et le Moulin Radet. Ils témoignent du passé rural de Montmartre, lorsque la colline était couverte de vignes, de jardins et de moulins à vent. Aujourd’hui, les immeubles ont remplacé les champs, mais ces silhouettes de bois semblent conserver un fragment de l’ancien village.
Le Moulin de la Galette a aussi inspiré plusieurs artistes, dont Renoir, qui a immortalisé l’ambiance festive du bal dans une œuvre devenue célèbre. À l’époque, les habitants venaient y danser le dimanche. Le quartier avait alors une réputation de lieu populaire et joyeux, bien différente de l’image parfois très touristique que l’on découvre aujourd’hui autour du Sacré-Cœur.
En descendant la rue Lepic, vous pouvez faire un détour par la rue des Abbesses ou rejoindre la rue des Martyrs. Cette dernière est l’une des meilleures rues du secteur pour une pause gourmande. Boulangeries, pâtisseries, fromageries et petites boutiques s’y succèdent. C’est l’endroit idéal pour acheter une viennoiserie ou quelques spécialités à déguster plus tard dans un square. À Paris, la marche donne toujours une excellente excuse pour reprendre un peu de beurre et de sucre.
Le café des Deux Moulins et l’univers d’Amélie Poulain
Les amateurs de cinéma reconnaîtront le café des Deux Moulins, situé au 15 rue Lepic. C’est ici qu’Amélie Poulain travaille dans le film de Jean-Pierre Jeunet. Le décor a changé avec le temps, mais l’adresse reste une étape amusante pour les cinéphiles.
Il est préférable de ne pas réduire Montmartre à un simple décor de film, mais le cinéma a contribué à renforcer l’imaginaire du quartier. Les escaliers, les enseignes, les cafés et les vues sur Paris composent une toile de fond immédiatement reconnaissable. En vous promenant, vous aurez peut-être l’impression de traverser plusieurs époques en quelques minutes : un Paris de carte postale, un village d’artistes et une capitale contemporaine très fréquentée.
À proximité, la villa Léandre offre un contraste remarquable. Cette petite voie bordée de maisons mitoyennes évoque davantage une rue anglaise ou un village de banlieue qu’un quartier situé au cœur de Paris. Les façades colorées, les jardinets et le calme des lieux surprennent. Respectez toutefois la tranquillité des habitants : ici, les portes ne sont pas des décors et les fenêtres ne sont pas des vitrines.
Le Sacré-Cœur : la grande ascension
Rejoignez ensuite la rue du Chevalier de La Barre, qui mène progressivement vers la basilique du Sacré-Cœur. C’est l’un des itinéraires les plus agréables pour atteindre le sommet, car il permet de découvrir des rues moins monumentales que le grand escalier central.
La basilique, construite à la fin du XIXe siècle, se distingue par sa pierre blanche de Château-Landon. Cette pierre a la particularité de rester claire sous l’effet de la pluie, ce qui explique l’aspect lumineux de l’édifice. De loin, le Sacré-Cœur semble dominer tout Paris ; de près, ses dimensions impressionnent davantage encore.
Vous pouvez entrer gratuitement dans la basilique, en respectant les horaires et le caractère religieux du lieu. La visite de la coupole est payante et nécessite de gravir plusieurs centaines de marches. L’effort est conséquent, mais la vue à 360 degrés sur Paris récompense les jambes courageuses. Par temps dégagé, on distingue les principaux monuments de la capitale et l’étendue des toits gris qui s’étire jusqu’à l’horizon.
Sur le parvis, prenez le temps de regarder Paris plutôt que votre téléphone. Les marches sont souvent occupées par des visiteurs venus s’asseoir, discuter ou écouter un musicien. Méfiez-vous simplement des vendeurs insistants et gardez vos affaires près de vous dans les zones très fréquentées. Les gestes de prudence sont les mêmes que dans tout grand site touristique.
La place du Tertre et les peintres de Montmartre
Depuis le Sacré-Cœur, gagnez la place du Tertre, située à quelques minutes. Entourée de restaurants et de terrasses, elle accueille des peintres et des portraitistes. L’endroit est animé, parfois même franchement encombré, mais il conserve un lien avec la tradition artistique de la butte.
Au XIXe et au début du XXe siècle, Montmartre a attiré des artistes comme Picasso, Modigliani, Renoir, Toulouse-Lautrec et Suzanne Valadon. Beaucoup vivaient avec peu de moyens, dans des ateliers modestes, mais le quartier offrait une vie culturelle et sociale foisonnante. Les cabarets, les bals et les cafés permettaient aux artistes de se rencontrer et de refaire le monde autour d’un verre.
Si vous souhaitez faire réaliser un portrait, demandez toujours le prix avant de vous asseoir et vérifiez les modalités. Certains artistes travaillent rapidement, d’autres prennent davantage de temps. Une caricature peut devenir un joli souvenir, à condition de savoir à l’avance si vous repartirez avec un chef-d’œuvre ou avec un nez légèrement plus imposant que dans le miroir.
Des ruelles discrètes aux vignes de Montmartre
Quittez la place du Tertre par la rue Norvins, puis dirigez-vous vers la rue de Saules. Vous découvrirez les vignes de Montmartre, installées sur un petit coteau exposé au nord. Elles rappellent que la butte fut longtemps couverte de vignes. La production actuelle reste limitée, mais une fête des vendanges est organisée chaque année en octobre, attirant habitants et visiteurs autour de dégustations et d’animations.
Les vignes ne sont pas toujours accessibles à l’intérieur, mais elles se contemplent très bien depuis la rue. Leur présence au milieu des immeubles constitue l’une des images les plus surprenantes du quartier. Paris possède ainsi son petit paysage viticole, comme si la campagne avait refusé de disparaître complètement.
À quelques pas se trouve le Lapin Agile, cabaret historique installé au 22 rue des Saules. Sa façade rose et son enseigne sont devenues emblématiques. Le cabaret accueillait autrefois des artistes, des poètes et des chansonniers. On y venait écouter des histoires, chanter et discuter jusqu’à tard dans la nuit. Des représentations sont encore proposées aujourd’hui, selon la programmation.
Pour prolonger la promenade, faites un détour par le square Marcel-Bleustein-Blanchet. Moins connu que les grands sites du quartier, il offre des bancs, de la verdure et une vue intéressante sur les toits. C’est une bonne pause après les escaliers et la foule de la place du Tertre.
Le cimetière de Montmartre, une parenthèse paisible
Si vous disposez d’un peu plus de temps, terminez l’itinéraire au cimetière de Montmartre, accessible depuis la rue Caulaincourt. L’ambiance change immédiatement : les bruits de la ville s’atténuent, les arbres prennent de la hauteur et les allées invitent à marcher plus lentement.
Ce cimetière abrite les tombes de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Dalida, Stendhal, François Truffaut, Émile Zola et Nijinski. Il ne s’agit pas seulement d’un lieu de mémoire : les sculptures, les chapelles et les arbres en font un espace étonnamment paisible. Consultez le plan à l’entrée pour repérer les sépultures que vous souhaitez voir, car les allées peuvent former un véritable labyrinthe.
La visite demande environ une heure. Si vos jambes commencent à protester, vous pourrez ensuite rejoindre facilement la station Place de Clichy ou reprendre le métro depuis une station voisine. Après plusieurs heures de marche, même le plus enthousiaste des voyageurs finit par considérer un siège de métro comme un monument historique.
Où manger et faire une pause à Montmartre ?
Montmartre regorge d’adresses, mais les rues les plus touristiques affichent parfois des prix élevés. Pour manger plus tranquillement, éloignez-vous légèrement de la place du Tertre et explorez la rue des Abbesses, la rue des Martyrs ou le secteur de Lamarck-Caulaincourt.
- Pour un petit-déjeuner : choisissez une boulangerie des rues des Abbesses ou des Martyrs et emportez une baguette, un croissant ou une pâtisserie.
- Pour un déjeuner rapide : les petits restaurants et comptoirs autour de la rue des Abbesses proposent souvent des formules simples.
- Pour une pause avec vue : les terrasses proches du Sacré-Cœur sont agréables, mais vérifiez les prix avant de commander.
- Pour une ambiance locale : préférez les rues situées au nord de la butte, généralement moins saturées que le secteur du Tertre.
Un itinéraire à adapter selon vos envies
Montmartre peut se visiter en une matinée, mais il mérite davantage si vous aimez l’histoire, la photographie ou l’architecture. Les plus pressés pourront se limiter aux Abbesses, au Sacré-Cœur et à la place du Tertre. Les curieux prolongeront vers les vignes, le Lapin Agile et le cimetière.
Pour les voyageurs qui souhaitent éviter les montées les plus raides, le funiculaire de Montmartre relie le bas de la butte au Sacré-Cœur. Il fonctionne avec un titre de transport classique, mais l’attente peut être importante aux heures de pointe. Les bus offrent également une alternative intéressante, notamment pour rejoindre les secteurs plus éloignés.
Le vrai plaisir consiste toutefois à marcher sans chercher à tout cocher. Prenez une rue parallèle, observez les plaques historiques, écoutez les conversations qui s’échappent des cafés et regardez les changements de lumière sur les façades. Montmartre n’est pas seulement une succession de monuments : c’est un quartier qui se dévoile par petites scènes, entre deux escaliers et trois coups de pinceau.
